Vélophobia ?

A l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et de la rue Corneille.

Une épidémie de panneaux interdisant purement et simplement la circulation des cyclistes sévit à La Courneuve. Ils ont d’abord été repérés dans la zone 30 qui inclue les rues Molière et Corneille.

Dans ce cas, il semble que le souhait légitime que soient mis en place les double sens cyclables (obligatoires depuis 2008) soit à l’origine de cette réaction allergique. La demande en a été formulée à plusieurs reprises :

  • une première fois par courrier simple -ignorée-,
  • puis par lettre recommandée -à moitié lue-,
  • et enfin à l’occasion de la réunion publique sur le Plan Vélo de Plaine Commune du 30 mai 2011 en mairie.

La ville y a finalement opposé des arrêtés municipaux, pris pendant l’été, qui interdisent carrément la circulation des cyclistes. Ces arrêtés s’appuient pour partie sur des conclusions fantaisistes de la réunion du 30 mai dont personne n’est capable de produire le compte-rendu…c’est bien commode, mais pas fair-play.

Réunion publique sur le Plan Vélo de Plaine Commune du 30 mai 2011, à la mairie de La Courneuve.

Pensant qu’il ne pouvait s’agir que d’un malentendu, Plaine Commune a demandé en octobre dernier à l’unité territoriale de bien vouloir retirer ces panneaux, sur accord des élus, puisque ceux-ci vont à l’encontre de la notion de zone 30 et d’espace de partage de la voirie, même si les double-sens se sont pas autorisés. Cette demande est demeurée sans effet à ce jour.

Alors que le sujet était évoqué lors du Comité Vélo de Plaine Commune du 8 décembre dernier, l’adjointe au maire chargée de la tranquillité publique, du développement durable et et de l’environnement a indiqué que cette décision avait été prise à cause de l’étroitesse des rues en question et afin que les automobilistes ne soient pas surpris par la présence des cyclistes. Curieux dans la mesure où les rues Molière et Corneille présentent des chaussées qui font plus de 6 mètres de large

Depuis, un nouveau foyer de cette épidémie nous a été signalé aux 4000 à l’angle de l’Avenue du Général Leclerc et de la rue du 17 octobre 1961, au droit d’un des seuls aménagements cyclable de la ville ! Là encore le fameux panneau interdisant la circulation des vélos a fait son apparition.

Angle de l'avenue du Général Leclerc et de la rue du 17 octobre 1961.

Installé de la sorte, il interdit aux cyclistes de circuler dans une rue en double sens et limitée à 20km/h… N’importe quoi.

Tout porte à croire que certains membres de l’équipe municipale et/ou leurs conseillers soient atteints de vélophobie galopante. Celle-ci consiste à réduire la liberté de circuler de la catégorie d’usagers de la route la moins polluante, la plus silencieuse et la moins dangereuse à coup de petits panneaux, au mépris de la loi et de l’intérêt général et alors que le programme municipal affirme vouloir donner à chaque mode de déplacement (à vélo, en transport en commun, à pied, en voiture) sa juste place (p.27).

Nos voisins de l’association Vélo à Saint-Denis ont peut-être trouvé l’antidote : lassés d’attendre que les équipements nécessaires voient le jour, ce week-end ils réalisaient eux-même une piste entre la Porte de Paris et Pleyel.

Marquage de la liaison cyclable entre la Porte de Paris et le carrefour Pleyel par l'association Vélo à Saint Denis, samedi 21 janvier 2012

Une opération dont les cyclistes de La Courneuve pourraient bien s’inspirer, car peuvent-ils raisonnablement faire confiance à ceux qui n’ont jamais envisagé le vélo comme un mode de déplacement à part entière pour concevoir des aménagements pertinents et adaptés? Sur le terrain, et jusqu’à maintenant, ils n’ont produit que des interdictions de circuler qui sont symptomatiques d’une vision rétrograde de la mobilité urbaine.

L’association des usagers à la définition et à la conception des solutions qui les concernent est une clé de la réussite des projets…quand on souhaite véritablement qu’ils réussissent.

3 réflexions au sujet de « Vélophobia ? »

  1. Je ne comprends pas…. Si les cyclistes ont une voie réservée (photo av du Gal Leclerc), n’est-il pas naturel qu’ils n’empruntent pas la partie de chaussée réservée aux voitures?
    Le panneau rouge n’était peut être en effet pas nécessaire, un bleu obligeant à emprunter la voie réservée aurait rempli le même office.

    Sinon j’ai bien aimé le WTFCK…

    • Placé comme ça, c’est de la rue du 17 octobre 1961 dont le panneau B9b interdit l’accès, et il n’existe pas de piste cyclable parallèle à cette rue.

      Si l’intention était, comme tu le supposes, d’obliger les cyclistes à emprunter la piste parallèle à l’avenue du Général Leclerc, alors il est amusant de noter que depuis le 1er janvier 1999 les cyclistes n’ont plus l’obligation d’utiliser les pistes et bandes cyclables lorsqu’elles existent, sauf si cette obligation est instituée par l’autorité investie du pouvoir de police, le maire en général (R431-9)…

  2. Les panneaux ont disparu des rue Corneille et Molière.
    Mais les panneaux et les marquages au sol indiquant les double-sens cyclables se font toujours attendre.
    Bref, retour à la case départ.

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